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Cuzco

Au départ d’Andahuaylas, nous achetons cette fois des sièges « VIP » pour le dernier tronçon de route qui nous sépare de Cuzco. Et la différence est notable: nous dormons incontestablement mieux et plus dans ce nième trajet en bus de nuit qui dessert Cuzco en une dizaine d’heures depuis Andahuaylas.

Le 07/11/2013, nous voilà donc enfin à Cuzco, la plus ancienne ville d’Amérique du Sud, capitale archéologique incontestée du continent, cœur de la Vallée Sacrée des Incas.

Une légende raconte qu’au XIIème siècle, le dieu du soleil, « Inti », contempla la Terre et décida que les hommes avaient besoin d’ordre. Il créa alors le premier Inca, Manco Cápac, et sa sœur-épouse, Mama Ocllo. Ils naquirent sur l’Isla del Sol (île du Soleil) – que nous visiterons dans quelques jours -, au large du lac Titicaca, et entamèrent une longue marche. Inti dota Manco Cápac d’un bâton d’or et lui ordonna de s’installer à l’endroit où il pourrait l’enfoncer dans le sol jusqu’à ce qu’il disparaisse: là serait en effet le nombril du monde (« qosq’o » en quechua) auquel le nom de Cuzco doit son origine. Lorsque Manco découvrit ce lieu, il en soumit rapidement les habitants et fonda une toute petite cité qui allait devenir quelques siècles plus tard le centre de l’un des Empires les plus influents des Amériques. L’existence des 7 premiers rois incas, descendant de Manco Cápac, reste semi-légendaire mais on en sait davantage à partir du 8ème souverain de l’Empire, Viracocha, dont le règne aurait duré approximativement de 1400 à 1438 et lui aurait permis d’asseoir la domination inca dans un périmètre de 40 km autour de Cuzco, avant d’aller se réfugier sur un haut plateau dominant la Vallée Sacrée, pensant devoir s’incliner devant la tribu ennemie des Chankas et perdre Cuzco. C’est finalement l’un de ses fils, Yupanqui, qui prend la défense de Cuzco contre les Chankas, et la très sanglante bataille se solde finalement par la victoire du courageux inca Yupanqui, qui ne tardera pas à reprendre les rênes de l’Empire, s’efforçant, sous le nom de Pachacutec, d’étendre ses frontières et d’imposer son autorité à de nombreuses autres tribus. Au cours des 25 années qui suivirent, Pachacutec soumit la majeure partie des Andes centrales, dont la région comprise entre les deux grands lacs, le Titicaca et le Junín. Urbaniste avisé, il donna à la ville sa célèbre forme e puma et dévia les cours des fleuves afin qu’ils la traversent et fit bâtir de beaux bâtiments, dont l’illustre temple de Qorikancha et son palais.

Moins de 100 ans plus tard, Huayna Cápac, le onzième empereur inca, fut le dernier souverain à régner sur un empire unifié, si vaste qu’il ne semblait plus rester grand-chose à conquérir. A sa mort, il laisse l’Empire à ses deux fils, Huáscar, descendant légitime, couronné pas les nobles de Cuzco, et Atahualpa, qui occupe le nord. Mais les deux héritiers s’opposeront violemment, plongeant l’Empire dans une véritable guerre civile. C’est Atahualpa qui s’emparera finalement du pouvoir en 1532, après une bataille sanglante contre son demi-frère, non loin de Cuzco.

Seulement un an plus tard, fin 1533, Francisco Pizarro fait son entrée dans la capitale de l’Empire inca. La ville est mise à sac, le temple du soleil est entièrement détruit pour son or et les tombes des souverains incas sont profanées. La capitale de l’immense et majestueux empire n’est plus. Les espagnols construiront Lima et en feront la nouvelle capitale de la vice-royauté du Pérou.

Le 8 juillet 1538 voit Hernando Pizarro exécuter Diego de Almagro. Les deux conquistadors, pourtant amis lors de la conquête de l’empire Inca, viennent à en découdre, lorsque Almagro décide d’arrêter, à Cuzco, Pizarro pourtant gouverneur de la ville. Son frère aîné, le conquistador Francisco Pizarro, le fait libérer, et les deux partis s’affronteront lors de la bataille de Salinas qui verra les frères Pizarro l’emporter.

Pour un premier aperçu de la ville, nous suivons une fois de plus un itinéraire à pied recommandé par le Lonely Planet qui démarre, comme d’habitude sur la Place d‘Armes de Cuzco, l’une des plus belles places d’Amérique du Sud. La promenade vous emmène d’abord dans les rues avoisinantes de la Plaza d Armas, où la plupart des édifices sont de style colonial et beaucoup ont été transformés en hôtels agrémentés de jolis patios. Autour de la Plaza San Francisco, où se retrouvent le dimanche les « campesinos » venus travailler à Cuzco, on trouve deux églises dont celle de Santa Clara attenant au couvent du même nom, puis vous passerez à proximité du Marché San Pedro, dont l’activité déborde jusque sur le trottoir. Ensuite, l’itinéraire vous dirigera tranquillement vers le quartier de San Blas et sa place du même nom, qu’on atteint par une charmante ruelle pavée dont le dénivelé est presque vertical. D’ici, le point de vue sur Cuzco est imprenable. Dans ce quartier bohème aujourd’hui très à la mode, les canaux d’irrigation inca sont encore visibles le long des rues pavées et des escaliers escarpés.

Le lendemain, 08/11/2013, armés de notre « boleto turistico », sésame presque indispensable à Cuzco, pour accéder aux différents sites archéologiques alentours et aux musées de la ville, nous programmons la visite des 4 sites incas les plus proches de Cuzco qui peuvent se voir en une seule journée. Tambomachay, autrement appelé « Bain de l’Inca », est un site vraisemblablement associé à un culte inca de l’eau, qui comprend un superbe bain cérémoniel en pierre d’où une source cristalline s’écoule dans des fontaines toujours en service. A quelques centaines de mètres se trouve Pukapukara, vraisemblablement un pavillon de chasse, ou un poste de garde, dont la roche, sous certaines lumières, semble rose, d’où son nom, signifiant littéralement « fort rouge ». Q’enqo, était probablement un site dédié aux sacrifices rituels dont les canaux en « zigzag », qui ont donné son nom au site, devaient servir à recueillir la chicha ou le sang.

Mais aucun des 3 sites précités ne vaut l’immense ensemble de ruines de Sacsayhuamán, signifiant « faucon satisfait » en quechua, et qui fût en 1536, le théâtre de l’une des plus terribles batailles de la conquête espagnole, au cours de laquelle le conquistador Juan Pizarro, accompagné de 50 cavaliers, lança une attaque désespérée contre Manco Inca, qui assiégeait les colons espagnols dans Cuzco depuis le site de Sacsayhuamán, et gagna in extremis le combat, forçant le chef inca, dont la plupart des soldats furent tués, à se réfugier dans la forteresse reculée d’Ollantaytambo. La plus étonnante des 3 zones du site est celle englobant les fortifications en zigzag à 3 niveaux, dont l’une des pierres pèse plus de 300 tonnes ! Pachacutec, le neuvième souverain inca qui donna à Cuzco la forme d’un puma conçut Sacsayhuamán comme la tête de l’animal, les 22 murs en zigzag symbolisant les dents, constituant ainsi un mécanisme de défense efficace obligeant les assaillants à exposer leur flanc.

Cuzco est non seulement un condensé passionnant d’histoire, mais aussi une ville cosmopolite, débordante d’énergie, où nous avons fait la connaissance de Ruben et Rosa, un couple d’espagnols vivant à Gérone, avec qui le courant passe immédiatement. Et par chance, leur agenda pour les prochains jours colle avec le nôtre. Nous allons donc partager avec eux quelques trajets en bus, visites de sites archéologiques et repas bien sympathiques.