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Rio de Janeiro

Avant-dernière étape de notre « promenade » de quelques mois, nous vous proposons aujourd’hui de découvrir, au travers de ces quelques lignes et photos, la deuxième plus grande ville du Brésil derrière São Paulo: Rio de Janeiro.

La « cidade maravilhosa » (vous aurez compris « ville merveilleuse ») porte décidément bien son nom. Autour de la majestueuse baie de Guanabara, que les explorateurs portugais confondirent avec l’embouchure d’un fleuve (d’où son nom, qui signifie littéralement « fleuve de janvier »), la mégapole aux 6 millions d’habitants intra-muros (appelés les « Cariocas ») et près de 13 millions dans son aire urbaine partage une proximité étonnante avec la nature, omniprésente.

La beauté de Rio dépasse l’entendement: aucun site urbain au monde n’aligne une telle succession de baies et de plages au pied d’un relief aussi accidenté qu’escarpé : l’endroit est magique. Depuis le 1er juillet 2012, la ville est d’ailleurs inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco dans la catégorie « Paysage culturel urbain » et Rio est la première ville à obtenir le titre dans cette catégorie. Copacabana, Ipanema, le Pain de Sucre, le Corcovado, le carnaval etc., des noms qui sonnent familiers même quand on n’a jamais mis les pieds au Brésil ! Nombreuses images de Rio de Janeiro sont elles aussi universellement connues : elles évoquent un irrésistible art de vivre teinté d’hédonisme. Les Cariocas semblent y être pour beaucoup : chaleureux, expansifs, séducteurs, on ne peut que tomber sous leur charme.

Le 18 janvier, en fin de journée, après 22h de bus depuis Foz do Iguaçu, nous rencontrons justement nos accueillants hôtes pour les 5 prochains jours : Marlène et Antonio. Nous avons en effet choisi de passer par Airbnb pour nous loger à Rio afin de changer un peu du type d’auberges que nous fréquentons depuis plusieurs semaines. Séducteurs ? Pas franchement, mais Marlène et Antonio nous reçoivent en effet très chaleureusement dans leur immense appartement en plein centre du quartier Flamengo, un excellent choix à mi-chemin entre les célébrissimes plages de Rio et son centre-ville historique. Bavarde et exubérante, Marlène a pris soin de nous préparer un « dîner » d’accueil et nous tient compagnie pour notre première soirée chez eux : nous nous sentons immédiatement reçus comme chez nos parents !

Le lendemain matin, après un copieux et délicieux petit-déjeuner préparé avec grand soin par la maîtresse de maison (Marlène nous fera en effet gouter tout au long de la semaine deux ou trois de ces spécialités pâtissières : un délicieux « Carrot cake » et un riche gâteau « chocolat & caramel » dont une seule part suffira à me nourrir pour le reste de notre séjour chez eux !), nous partons à la découverte des proches quartiers et plages de leur domicile.

Botafogo, ancien bastion de l’aristocratie brésilienne, datant de la fin du XIXème siècle, est aujourd’hui un quartier de classe moyenne-supérieure connu pour ses centres commerciaux, centres d’affaires, ainsi que ses nombreuses écoles, cliniques et hôpitaux. La plage de Botafogo, déconseillée à la baignade pour des questions de pollution des eaux, accueille la marina de Botafogo, ainsi que le Yacht Club de Rio de Janeiro, et la baie fait face à l’immanquable « Pain de Sucre ».

Flamengo, situé immédiatement au nord de Botafogo, est un quartier noble de Rio, principalement habité par des classes aisées, et son agréable plage est relativement peu fréquentée par les touristes en comparaison à Copacabana ou Ipanema. En revanche de nombreux Cariocas y viennent quotidiennement pratiquer des sports de plage et les larges avenues du parc de Flamengo, fermées le dimanche, attirent de nombreux joggeurs et cyclistes. Flamengo et Botafogo sont également deux des plus importants clubs de football de la ville, dont la popularité dépasse largement les frontières de Rio, s’étendant sur l’ensemble du territoire brésilien grâce à de nombreuses victoires ou places de choix en championnat et dans les compétitions latino-américaines.

En milieu de journée, nous nous dirigeons à pied vers Santa Teresa, ancien quartier huppé, habité par la classe supérieure de la ville au XIXème siècle, avant que la jetset ne migre vers Copacabana dans les années 1960. Ce quartier plein de charme, de grand intérêt artistique, culturel et touristique, affectueusement appelé par les Cariocas « Santa », est parsemé de ruelles tortueuses et revient à la mode avec l’ouverture de nombreuses « pousadas » (« auberges ») notamment par des Français. Santa Teresa fut l’une des premières extensions de la ville et vit fleurir des maisons inspirées de l’architecture française dont certaines subsistent encore. Autour de 1850, le quartier fut un refuge pour bon nombre de Cariocas fuyant l’épidémie de fièvre jaune qui frappa violemment Rio : étant localisé sur les hauteurs de la ville (on l’appelle le « Montmartre de Rio »), « Santa » fut moins touché par l’épidémie que le reste de la ville. En 1872, arriva le « bonde electrico » (tramway) qui devint le symbole du quartier et permit de joindre Santa Teresa au centre-ville par les arcs de Lapa, un ancien aqueduc désaffecté. Actuellement l’unique ligne de tramway n’est plus en fonctionnement à la suite d’un accident tragique en Août 2011, tuant six personnes. L’État, responsable de l’exploitation du tramway décida alors de le paralyser temporairement jusqu’à ce que des transformations soient effectuées pour moderniser le système. Suite à de nombreuses manifestations organisées par les résidents, le système de tramway historique fut classé et sera donc préservé pour recevoir un nouveau tramway qui doit voir le jour en 2014.

En début d’après-midi, nous prenons la direction du mont Corcovado, ce pic de granite de 710 mètres d’altitude, situé en plein centre de la forêt de Tijuca, et offrant une vue privilégiée sur la ville de Rio et la baie de Guanabara, est mondialement célèbre pour accueillir en son sommet la statue du Christ Rédempteur, passée au fil des ans du statut de simple monument religieux à ses débuts, au rang d’emblème reconnu internationalement de la ville et du pays. La célèbre statue du Christ, bras en croix, visible de tous les quartiers de Rio, est due à la collaboration du sculpteur français Paul Landowski et de l’architecte brésilien Heitor da Silva Costa. La première pierre est posée le 4 avril 1922, mais les travaux ne débutent réellement qu’en 1926 et dureront 5 années. La cérémonie d’inauguration a lieu le 12 octobre 1931, en présence du cardinal Dom Sebastião Leme dont le discours de consécration du monument ne laisse aucun doute sur les objectifs d’un tel ouvrage : évangélisation et reprise du pouvoir de l’Église dans un État républicain. La statue mesure 38 mètres de haut (dont 30 pour le Christ et 8 pour le piédestal), et pèse 1 145 tonnes. La tête mesure près de 4 m et pèse 30 tonnes, les mains mesurent 3,20 m et pèse 8 tonnes chacune, et l’envergure entre les deux mains est de 28 mètres (elle est donc presque aussi large que haute). Ces dimensions font d’elle l’une des plus grandes statues du genre au monde. Classé monument historique depuis 1973, le Christ du Corcovado est, de nos jours, l’un des endroits touristiques les plus fréquentés de Rio avec 750 000 visiteurs par an environ.

Depuis une quinzaine d’années, le monument a été le théâtre d’événements anecdotiques variés. En 1999 le parachutiste autrichien et champion du monde de base jump, Felix Baumgartner, a sauté du haut de la statue, réalisant ainsi le saut le plus bas jamais exécuté (38 mètres). Le 7 juillet 2007, ce monument a été choisi comme l’une des sept « nouvelles merveilles du monde » par plus de 100 millions d’internautes, à la suite de quoi l’UNESCO a souhaité rappeler par communiqué qu’elle n’avait aucun lien avec cet événement. Enfin, la statue est régulièrement endommagée par la foudre qui la touche en moyenne six fois par an, obligeant ainsi à de fréquentes restaurations. Tout récemment, seulement 2 jours avant notre arrivée, le 16 janvier 2014, la moitié du pouce de sa main droite est cassée par la foudre lors d’un orage au cour duquel plus de 40 000 éclairs sont tombés sur Rio. Un câble paratonnerre et d’autres équipements sont pourtant disposés pour éviter ces dommages mais le câble ne s’étend que sur la tête et les bras, s’arrêtant au poignet (ce qui va probablement faire l’objet de corrections là aussi). Au pied de la statue, le pic offre une vue panoramique exceptionnelle sur le centre-ville, avec notamment le Pain de Sucre, le lac Rodrigo de Freitas, les plages de Copacabana et Ipanema, ainsi que plusieurs favelas de la ville.

Nous finissons cette chargée première journée en allant faire le tour du lac salé Rodrigo de Freitas, une étendue d’eau située dans la zone sud de la ville, à proximité de la plage d’Ipanema. Ce lagon, alimenté en eau salée grâce à un petit canal traversant le parc Jardim de Alá (« Jardin d’Allah ») qui se jette dans l’océan Atlantique, fait face à des problèmes chroniques de pollution des eaux et des terres qu’il abrite : la prolifération des algues invasives est nocive pour la reproduction des poissons ou d’autres plantes aquatiques. Le circuit de promenade autour du lagon n’en reste pas moins un endroit très agréable offrant une luminosité fantastique par un dimanche après-midi ensoleillé.

Le lendemain, direction la mythique plage d’Ipanema, située dans le quartier résidentiel le plus chic et sélect de la ville. Aujourd’hui, Ipanema est le centre de la mode et de la sophistication. Les plus luxueuses boutiques de Rio bordent les rues d’Ipanema et de Leblon. La plage est moins étendue que celle de Copacabana, mais elle est le lieu de rendez-vous de la jeunesse dorée de Rio, et de la communauté homosexuelle et elle est sans doute la plus romantique des vingt-cinq plages que compte Rio. Tout comme à Copacabana, Ipanema est segmentée en différentes zones, appelées « postes », rassemblant des groupes et communautés différentes : la jeunesse dorée au poste 9, les homosexuels au poste 8, les familles au poste X, et les jeunes de favelas au poste Y, les joueurs de beach-volley au poste Z etc. Ipanema est un mot guarani, signifiant « mauvaises eaux » qui illustre les forts courants et les fortes vagues à cet endroit, obligeant régulièrement les hélicoptères de la police militaire à ramener sur la plage des baigneurs imprudents. Ipanema est enfin le berceau de la bossa nova inventée par João Gilberto. C’est de cette plage dont il est question, dans la chanson « Garota de Ipanema » (« La fille de Ipanema ») créée par deux brésiliens, résidents d’Ipanema, puis traduite en de très nombreuses langues. À Rio, et particulièrement à Ipanema, l’apparence physique a une importance particulière; c’est pourquoi on y trouve de nombreux établissements liés au culte du corps: cliniques de chirurgie esthétique accueillant les très nombreuses brésiliennes qui souhaitent se faire refaire les seins, faire des épilations définitives, des liposucions ou des liftings; les salles de sport, souvent ouvertes très tard le soir, voire 24h/24, sont ultra-modernes et sont bien plus que de simples lieux d’activité sportive, mais de véritables institutions; enfin les salons de coiffure-manucure, même les moins élitistes, proposent des services de manucure-pédicure et d’épilation. Il paraît qu’il n’est pas rare que les Brésiliennes s’y fassent teindre le pubis de la même couleur que leurs cheveux pour éviter de paraître âgées, mêmes nues!

En fin d’après-midi, nous nous rendons au Pain de Sucre (Pão de Açúcar en portugais), ce monolithe de granite culminant à 400 m, accessible en téléphérique et qui devrait son nom à sa forme très particulière évoquant les blocs de sucre raffiné et placé dans des moules en argile pour être transportés par bateau à l’époque du commerce de la canne à sucre. Il se situe sur une péninsule à l’entrée de la baie de Guanabara. Gardien solitaire de l’entrée de la baie, il est le seul pic parmi tous ceux de la ville de Rio de Janeiro à s’élever directement depuis le bord de mer. Depuis son sommet, quelque soit l’heure du jour, les panoramas sont splendides : vue sur la baie, sur les plages de Copacabana, d’Ipanema, les quartiers de Botafogo, de Flamengo et en face, le Corcovado surmonté du Christ Rédempteur. Le Pain de Sucre, avec le « Morro da Babilônia » et le « Morro da Urca » sont très fréquentés par les amateurs d’escalade : ils forment l’un des plus grands ensembles de pratique de l’escalade en zone urbaine, avec plus de 270 voies. En fin de journée nous profitons d’un coucher de soleil somptueux sur la baie de Guanabara.

Moins souvent cité sur la carte postale, le centre-ville, que nous visitons le lendemain, est un quartier disparate, où les immeubles d’affaire modernes côtoient les vestiges architecturaux du temps où Rio entretenait des rêves de grandeur et se comparait aux capitales européennes. On s’y balade sans trop savoir quelle identité s’impose, passant d’une avenue monumentale à une ruelle peuplée d’échoppes d’artisans. Nous retiendrons le magnifique « Real Gabinete Português de Leitura » (« Cabinet Royal Portugais de lecture »), fondé en 1837, à l’initiative d’un groupe de 43 émigrants portugais. Ce merveilleux bijou néogothique frappe par l’élégance de sa façade autant que par sa haute salle bardée de rangées de livres anciens (près de 350 000 ouvrages) qui reçoit, comme la Bibliothèque Nationale à Paris, un exemplaire de chaque livre publié au Portugal. Ce joyau de l’architecture du 19e siècle, souvent méconnu des touristes et des Cariocas eux-mêmes, n’est définitivement pas une bibliothèque comme les autres. Des étagères aux boiseries précieuses, un plafond orné d’un vitrail laissant filtrer la lumière, un gigantesque lustre au milieu de la pièce: la salle principale est d’une beauté rare qui lui a valu d’être classée 2ème plus belle bibliothèque au monde ! Enfin, la Cathédrale Sao Sebastiao inaugurée an 1976, tout en verre et en béton armé, de forme conique, ultramoderne, vaut le détour rien que pour son originalité. Au rez-de-chaussée, une crypte surprenante dont les hautes cloisons sont percées d’orifices permettant d’y glisser des cercueils: c’est le nouveau cimetière de Rio. Au bout de deux ans, on retire les corps enterrés au cimetière pour les installer ici, au rez-de-chaussée de la cathédrale.

Nous avons gardé la plage de Copacabana comme destination pour le dernier jour de notre parenthèse à Rio. Située dans le district du même nom, la plage de Copacabana, et son prolongement au nord, le Leme, avec ses six kilomètres de longueur qui décrivent une courbe parfaite, reste certainement la plage préférée des étrangers et l’une des plages les plus célèbres de la planète. Elle acquit sa notoriété dans les années 1920, avec la construction, en 1923 du prestigieux Copacabana Palace, le seul hôtel de luxe de toute l’Amérique latine à l’époque. En été, sa population se compte par centaine de milliers. Les vendeurs de boissons, de crèmes solaires, de chapeaux, de sandales, et de bikinis arpentent la plage à longueur de journée : une plage à privilégier en milieu de semaine pour les plus allergiques au tourisme de masse !

Enfin comment parler de Rio de Janeiro sans évoquer le phénomène bien connu des favelas, qui rassemblent entre 20 et 30% de la population carioca. Les favelas poussent à un rythme soutenu car elles regroupent les populations les plus pauvres composées de nouveaux arrivants, de familles en situation de grande précarité, de marginaux mais aussi et surtout de travailleurs pauvres. C’est donc le point de chute de tous ceux qui n’ont pas accès aux logements sociaux. Leurs habitats, souvent concentrés sur les pentes escarpées des collines, sont en général un amalgame de matériaux de fortune récupérés sur les dépôts d’ordures au fur et à mesure des besoins. Cette situation engendre de nombreux accidents lors des glissements de terrains faisant suite, la plupart du temps, à de fortes précipitations. Celles-ci minent les fondations et font alors glisser des blocs entiers de maisons. Leur apparence chaotique cache pourtant une organisation précise et très hiérarchisée de l’espace, des règles et des usages. Le pouvoir étant souvent entre les mains des gangs et des narcotrafiquants qui y ont élu domicile. De ce fait, les favelas sont aussi le théâtre de violences, souvent dues au trafic de drogue et à des guerres de gangs. Véritable ville dans la ville, la favela fait peur à qui ne l’habite pas et les touristes n’y mettent pas les pieds à moins de participer à un tour organisé par un guide spécialisé (souvent des anciens habitants), comme il en existe un certain nombre à Rio (nous n’avons pas souhaité tenter l’expérience, afin d’éviter le malaise possiblement généré par ce genre de circuits consistant à « promener » au milieu des favelas, des touristes complètement étrangers au quotidien des habitants). J’ai du relire le chiffre plusieurs fois pour être certain d’avoir bien lu : ce sont près de 1000 favelas (968, exactement) qui sont référencées dans la ville de Rio, les plus connues étant Ladeira dos Tabajaras, Santa Marta, Rocinha, Cidade de Deus (le film brésilien du même nom sorti en 2002 raconte notamment la criminalité et la façon dont « Ze Pequeno » contrôla la favela du début des années 1970 jusqu’à la fin des années 1980) et enfin, Dona Marta, le bidonville choisit par Michael Jackson, King of Pop, pour tourner une partie du vidéoclip de l’émouvant single « They Don’t Care About Us ». Même si la situation de certaines favelas reste complexe, depuis quelques années, la municipalité de Rio effectue un travail important de « viabilisation », en construisant « en dur », en apportant l’eau, l’électricité et le téléphone. Depuis que le Brésil s’est vu offrir l’organisation de la Coupe du monde de football de 2014 et celle des Jeux olympiques d’été de 2016, les pouvoirs publics brésiliens ont décidé d’utiliser à la fois des moyens militaires, pour déloger les narcotrafiquants et reprendre rapidement le contrôle de zones qui étaient devenues des zones de non-droit, à l’image notamment de Vila Cruzeiro, en novembre 2010, et des moyens préventifs, tels que les Unités de Police Pacificatrice (UPP), des unités de Police de proximité instituées au sein même des favelas afin de désarticuler doucement les groupes qui contrôlaient ces territoires sous forme d’états parallèles. Dans certaines favelas, le crime organisé a déjà été totalement éradiqué, dans d’autres, il est en voie de démantèlement.

Rio est en synthèse une ville pleine de contrastes, où se côtoient quartiers chics et favelas, où s’exhibent les corps travaillés ou « remodelés », où la pratique du sport est une religion et dont la beauté indiscutable met définitivement tout le monde d’accord.

Chutes d’Iguazú

Partis le 15/01/2014 en soirée de Florianópolis, nous arrivons en matinée le lendemain à Foz do Iguaçu, à la frontière de non pas deux, mais trois pays : c’est ici que se rencontrent le Brésil, le Paraguay (la ville de Ciudad del Este étant juste en face de Foz, sur l’autre rive du Río Paraná) et l’Argentine (la ville de Puerto Iguazú se trouvant en face de Foz également, de l’autre côté du Río Iguazú).

Et ce qui attire ici chaque année plusieurs millions de touristes du monde entier, ce sont les célébrissimes Chutes d’Iguazú, une merveille naturelle découverte au XVIème siècle par un explorateur espagnol, situées au milieu de la forêt tropicale et réparties entre l’Argentine (80%) et le Brésil (20%). Deux Parcs Nationaux portant le même nom se font face à cet endroit du globe : le Parc National « d’Iguazú », du côté argentin de la rivière Iguazú (qui tire son nom du terme indigène « grande eau »), et la partie brésilienne, sur l’autre rive, appelée Parc National de « l’Iguaçu », respectivement déclarés au Patrimoine Mondial par l’UNESCO en 1984 et 1986, et couvrant à eux deux, une surface d’environ 240 000 hectares. Figurant parmi les plus spectaculaires chutes d’eau sur Terre, cet ensemble de 275 cascades, interrompt le cours de la rivière Iguazú, affluent du Paraná, entre l’Etat brésilien du Paraná et la province de Misiones, formant un front d’eau en demi-cercle de près de 3 kilomètres de large et 80 mètres de haut, déversant jusqu’à 6 millions de litres d’eau par seconde : un spectacle visuel et acoustique ahurissant !

De grands nuages formés de gouttelettes humidifient en permanence les nombreuses îles de la rivière et les forêts riveraines créant ainsi un microclimat extrêmement humide favorable à une végétation subtropicale luxuriante et dense où vit une faune très variée : papillons, insectes, et de nombreux animaux sauvages tels que tapirs, fourmiliers géants, singes hurleurs, ocelots, jaguars et caïmans. Le territoire détiendrait près de 400 espèces d’oiseaux, dont l’insaisissable aigle appelé « harpie féroce ». La flore est elle aussi exceptionnelle avec environ 2000 espèces de plantes dont 80 espèces différentes d’arbres représentées. Les 2 Parcs Nationaux constituent un des plus importants vestiges de la « forêt atlantique intérieure », une des priorités de conservation mondiale les plus menacées : en cause, une exploitation forestière intensive qui continue de peser dangereusement sur l’écosystème local.

Il existe de multiples façons de découvrir ces majestueuses chutes d’eau : de la simple promenade à pied en suivant les itinéraires dessinés au sein du parc national, en passant par l’approche fluviale dans des zodiacs surpuissants, jusqu’au survol en hélicoptère ! Même si les voies fluviales et aériennes offrent sans aucun doute des perspectives à couper le souffle, nous nous en tiendrons à la ballade à pied : ça reste de l’eau et si nous n’avons pas survolé le Grand Canyon du Colorado en hélicoptère, nous ne sommes pas décidés à vider le reste de nos économies pour 15 minutes de sensations fortes au dessus d’Iguazú !

Immédiatement après notre arrivée à l’hôtel, nous fonçons donc dès le début d’après-midi vers l’entrée du Parc et commençons la visite par la « Garganta del Diablo », la plus haute chute d’eau du site (700 m de long, 150 m de large et près de 90 m de haut), que nous rejoignons après un court trajet en train et une ballade de quelques centaines de mètres sur des passerelles en bois traversant, en amont, la rivière Iguazú. Nous choisissons de commencer par ce point de vue car c’est le plus éloigné de l’entrée du Parc cet donc celui qui ferme en premier : pas question d’être venu jusque-là et de risquer de rater ce mirador. De plus, sur cette impressionnante plateforme, c’est la douche assurée, alors tant qu’à se faire tremper, autant que ce soit en début d’après-midi, histoire de pouvoir sécher assez vite, tant qu’il fait encore chaud ! A cet endroit, plus que la vue, c’est le bruit assourdissant qui permet de commencer à mesurer la puissance de la nature.

En suivant ensuite les deux itinéraires proposés (parcours inférieur et parcours supérieur) au milieu d’un somptueux décor subtropical, nous réalisons vite l’extraordinaire biodiversité du lieu et découvrons finalement l’ampleur du front d’eau, sous différents angles, depuis des points de vue distants qui offrent une vue plus globale sur cette fantastique rupture. Les arc-en-ciel sont omniprésents, à toute heure de la journée tant l’air est humide, et la lumière du soleil vers la fin de la journée vient finalement baigner le site rendant chaque photo plus magique que la précédente.

Pour l’anecdote, la cascade voisine des « Sept Chutes » était la plus importante cascade d’eau au monde jusqu’à la fin des années 1970, tout aussi impressionnante que les chutes d’Iguazú, mais cet ensemble a été englouti en 1982 suite à la mise en eau du réservoir du barrage d’Itaipu, l’afflux touristique se tournant alors petit à petit vers les chutes d’Iguazú.

Florianópolis

Le 10/01/2014, en milieu d’après-midi, avec quelques heures de retard, notre bus arrive enfin à destination: le terminal régional de Florianópolis, sur la côte atlantique brésilienne, 1000 km au nord-est de la frontière avec l’Uruguay.

Le Brésil, c’est notre avant-dernière étape, un gigantesque territoire d’environ 8,5 Millions de km2, une population de plus de 200 Millions d’habitants (le plus vaste et le plus peuplé d’Amérique latine), et un PIB de presque 2 400 Milliards de dollars américains, ce qui le place, en 2012, à la 7ème position en terme de puissance économique mondiale, juste derrière la France (5ème) et le Royaume-Uni (6ème).

C’est un territoire tellement gigantesque, couvrant la moitié de l’Amérique latine et partageant ses frontières avec tous les pays du sous-continent à l’exception du Chili et de l’Équateur, que nous ne pourrons en découvrir qu’une toute petite frange (sud) dans le temps qui nous est imparti, en 3 étapes: Florianópolis et l’île de Santa Catarina dans un premier temps, puis, les Chutes d’Iguazu, et enfin la mondialement connue, Rio de Janeiro.

Plus grand pays lusophone au monde, le Brésil est aujourd’hui le seul héritage du Portugal en terre américaine, et partage des caractéristiques communes avec la plupart des auutres pays d’Amérique du Sud: c’est un pays en majorité catholique, avec une densité humaine relativement faible, une population fortement urbanisée, et enfin de forts contrastes, tant du point de vue géographique, que sociologique et économique.

Les terres brésiliennes furent découvertes en 1500 par Pedro Álvares Cabral, et furent immédiatement attribuées au Portugal, selon le traité de Tordesillas, en vigueur à l’époque. La colonisation ne débuta réellement que dans les années 1530, avec la fondation de São Vicente, premier village établit en 1532. La Couronne portugaise écarta par deux fois les tentatives de colonisation française, appelées « France antarctique » qui occupa la baie de Rio de Janeiro de 1555 à 1567, puis « France équinoxiale » qui tenta de s’implanter près de São Luis entre 1612 et 1615. La traite négrière, liée au fort développement économique du Brésil à partir des années 1550 (production sucrière, puis minière) et à l’insuffisance d’indiens autochtones, dura jusqu’au milieu du XIXème siècle, le Brésil étant le pays qui reçut le plus d’esclaves noirs (5,5 millions d’Africains, majoritairement d’Afrique de l’Ouest). En 1822, Dom Pedro, fils du régent Jean VI, envoyé au Brésil par Napoléon en 1807 après avoir envahi le Portugal, refusa de rentrer au moment d’être rappelé en Europe, et proclama l’indépendance du Brésil, soutenu par la population brésilienne locale, tout en étant déclaré empereur sous le nom de Pierre Ier. Sous le règne suivant (Pierre II), le Brésil connut un début de modernisation et d’industrialisation, l’esclavage fut par exemple aboli, même si plus tard qu’en Europe, en 1888. Un an plus tard, l’Armée renversa l’empereur et ce fut le début d’une période de 2 Républiques successives, durant lesquelles le pays fut dirigé par une oligarchie de riches propriétaires, puis le Brésil s’engage dans la Seconde Guerre Mondiale au côté des Alliés, avant de s’enfoncer progressivement dans de graves problèmes politiques intérieurs et de conflits d’intérêts entre les régions qui conduiront finalement à un coup d’Etat en 1964 et à l’instauration d’une dictature militaire de droite (comme d’autres pays d’Amérique latine) pendant deux décennies. C’est finalement la crise financière qui mine la plupart des pays d’Amérique du Sud, le développement de la pauvreté et de l’insécurité dans les immenses favelas, ainsi que la ruineuse corruption des militaires et les mouvements syndicaux qui feront perdre les derniers soutiens économiques du régime militaire, permettant enfin le retour de la démocratie et l’établissement d’une nouvelle constitution adoptée le 5 octobre 1988. Depuis 2002, c’est le Parti des travailleurs qui dirige le Brésil, l’ancien syndicaliste Luis Inácio Lula da Silva, président de 2002 à 2010, ayant permis au pays de sortir du marasme économique et d’accéder au statut de puissant pays émergent, grâce au développement accordé à la classe moyenne et la création d’un grand marché intérieur qui attire les capitaux étrangers et les industries d’exportation, à la suite du retour de la confiance des banques et la stabilisation de la monnaie. Le géant pétrolier Petrobras devient le symbole de cette forte croissance en réussissant, en 2010, plus grande augmentation de capital de l’histoire. Depuis le 1er janvier 2011, c’est une femme, Dilma Roussef, également membre du Parti des travailleurs, qui est aux commandes du gouvernement, et le Brésil semble continuer à connaitre une période de fort développement économique, accueillant, comme chacun sait, la Coupe du Monde de Football en 2014 puis les prochains Jeux Olympiques d’été en 2016.

C’est en discutant avec d’autres voyageurs rencontrés en Argentine que nous avons choisi Florianópolis, au lieu de Porto Alegre, comme première étape brésilienne. Florianópolis, généralement surnommée Floripa, capitale de l’État de Santa Catarina au sud-est du Brésil, est une destination touristique renommée, en raison de ses nombreuses plages, et l’une des villes brésiliennes offrant la meilleure qualité de vie, notamment en termes de développement humain et de sécurité. Plus que la municipalité de Florianópolis en elle-même, qui a vu naitre le très apprécié joueur de tennis brésilien Gustavo Kuerten, triple vainqueur à Roland Garros au début des années 2000, et grandir le célèbre mannequin Alessandra Ambrosio, repérée par l’illustre agence Elite en 1996 et devenue égérie de la marque de lingerie Victoria’s Secret en 2004, c’est en fait l’île de Santa Catarina qui attire les touristes dans la région. Située à quelques centaines de mètres des côtes brésiliennes et reliée au continent par 2 ponts, cette île de 55 km de longueur Nord-Sud par 15 à 20 km de largeur Est-Ouest, également appelée « île de la Magie » (ilha da Magia en portugais), est l’île principale d’un archipel de plus de 20 autres et elle détient la majeure partie (97%) de la municipalité de Florianópolis : cette partie majoritaire de la ville, insulaire, se situe dans le centre-ouest de l’île de Santa Catarina, au point le plus proche du continent, qui délimite les baies Nord et Sud, le reste de la municipalité étant continental.

Pour découvrir ce genre d’endroit, rien de tel que de louer un deux-roues ! Les distances sont relativement courtes, les arrêts fréquents, les routes se transforment parfois en chemins pour accéder aux plages les moins exposées, et le trafic est généralement chargé du à un nombre limité d’axes routiers pour se déplacer : tant de critères qui rendent l’usage d’un scooter très pertinent. C’est ainsi que le lendemain de notre arrivée, nous louons un 125cc pour 2 jours, accompagnés par un espagnol, de Barcelone, rencontré à l’auberge où nous séjournons.

Le 11/01/2014, nous partons donc à la découverte du Nord de l’île, avec Jordi, en commençant par aller déjeuner puis nous baigner à la « Playa de los Ingleses » puis parcourons les quartiers chics de Jurerê jusqu’à atteindre la plage du même nom. Cette parie Nord-Ouest de l’île est très clairement la zone établie des riches propriétaires (les maisons sur l’axe principal de Jurerê sont toutes immenses et font penser à Beverly Hills) et le coin choisi par les jeunes fêtards venus éponger leur soif dans l’une des nombreuses discothèques « taille industrielle » comme le « Pacha » ou le « P12 », en bord de plage.

En fin d’après-midi, changement de décor en quelques kilomètres, nous redescendons sur la côte Ouest de l’île et nous arrêtons à Santo António de Lisboa, un mignon et très calme village de pêcheurs, qui semble fréquenté majoritairement par les locaux et loin des folies touristiques du Nord.

Enfin, nous retraversons l’île en son centre pour rejoindre la « Lagoa da Conceição », une grande lagune alimentée par plusieurs cours d’eau descendant des collines de l’île, au bord de laquelle se situe notre « pousada » (auberge). Nombre de visiteurs y pratiquent le stand-up paddle (une activité nautique se pratiquant debout sur une planche de surf qu’on dirige à l’aide d’une pagaie, ça nous semble « chiant à mourir » avec Magda) et le kitesurf, que j’espère pouvoir pratiquer d’ici la fin de la semaine si les conditions s’y prêtent.

Le lendemain, nous passons le début d’après-midi, sous un temps maussade, du côté de « Barra da Lagoa », la municipalité située entre « Lagoa da Conceição » et l’océan Atlantique, par laquelle passe le canal qui relie le lac à l’océan. A proximité de « Barra da Lagoa », on nous conseille d’aller nous baigner dans des piscines naturelles d’eau de mer à quelques dizaine de minutes en marchant sur un sentier sinueux le long de l’océan. Ces piscines sont formées par un littoral rocheux escarpé qui retient par endroit l’eau de mer et forme alors une retenue d’eau à l’abri des mouvements océaniques.

En fin d’après-midi, nous ne manquons pas d’aller admirer un groupe de danse local, qui prépare son show, pour le carnaval, qui aura eu dans quelques semaines, en répétant leur spectacle de samba une fois par semaine en plein centre de « Lagoa da Conceição » et en public. La « Samba No Pé » (Samba de pieds) est la samba « solo » la plus connue et la variante majoritairement pratiquée lors des carnavals. C’est une danse très complète, dans laquelle chaque partie du corps est utilisée : les jambes bougent d’avant en arrière ou inversement d’une manière bien particulière tandis que les bras balaient l’air au niveau du bassin. Elle est souvent pratiquée par des femmes mais certains hommes brésiliens semblent exceller également dans le domaine. Et bien qu’elle paraisse accessible car elle n’expose aucune figure complexe ou « passe » (comme c’est le cas de la salsa), son rythme est en fait bien compliqué à appréhender. Magda a semble-t-il intégré le pas de base assez vite, moi, je n’ai même pas essayé !

Enfin, nous profitons des éclaircies de la matinée du 13/01/2014 pour découvrir cette fois le Sud de l‘île : « Pântano do Sul », plage de pêcheurs située à l’extrémité Sud-Est de l’île, puis la Plage de Campeche, fréquentée par les surfeurs pour les vagues régulières qu’elle offre. C’est cette plage que nous choisissons pour nous boire en terrasse une carafe de jus de « fruit de la passion » : on est bien au Brésil, au mois de janvier !

Après ces quelques jours reposants en bord de mer, nous quittons temporairement la côte et rejoignons les Chutes d’Iguazú, situées au milieu de la forêt tropicale, à la frontière entre l’Argentine et le Brésil.