Sucre

Et nous voilà début décembre de l’année 2013, un mois que j’apprécie pour les nombreuses opportunités de réunions en famille, parce que les vacances sont souvent indispensables après un long premier trimestre pour certains ou un chargé quatrième pour d’autre, parce que l’hiver et surtout la saison de ski sont maintenant tout proches. Mais, pour nous qui sommes en vacances, en voyage, depuis plus de 6 mois, cette année, ce mois de décembre ne ressemblera à aucun autre.

Le 30/11/2013, nous continuons donc notre périple toujours vers le sud en rejoignant la « première » capitale bolivienne, la jolie « Sucre », située à 2800 m. d’altitude, environ 300 000 habitants, abritant toujours le siège de la Cour Suprême et dont les habitants ont bien du mal à reconnaître le transfert de pouvoir qui s’est opérée au profit de La Paz à la toute fin du XIXème siècle.

Fondée en 1538 par Pedro de Anzures sous le nom Charcas en référence au peuple Charkas qui occupait alors la région, la ville va ensuite changer de nom à 3 reprises. Elle prendra très rapidement le nom de « La Plata » pour sa localisation dans une zone géographique appelée « Cuenca de la Plata » – Bassin de l’Argent, faisant référence aux proches mines d’argent de la région, et sera le principal centre judiciaire, religieux et culturel de la région pendant près de 3 siècles. Puis en 1776, elle change à nouveau de nom et se fait alors appelée « Chuquisaca », le nom actuel du département dont elle est le chef-lieu. En 1825, au moment d’être désignée capitale constitutionnelle de la Bolivie, la ville est rebaptisée « Sucre » (en version longue « La Ilustre y Heróica Sucre »), en l’honneur du maréchal Antonio José de Sucre, camarade d’armes du libérateur Simón Bolívar pour l’indépendance de la Bolivie, de la Colombie, de l’Équateur, du Pérou et du Venezuela. Perdant sa principale ressource après le déclin économique de Potosí, elle voit le siège du gouvernement bolivien transféré à La Paz en 1899, et perd alors son titre officiel de capitale à la suite d’une guerre civile perdue par les « conservateurs » ‘sucrenses’ (habitants de Sucre) face aux « libéraux » ‘paceños’ (habitants de La Paz). Encore aujourd’hui, les habitants de Sucre soutiennent pourtant mordicus que leur ville est la capitale de la Bolivie. Enfin, en 1991, Sucre est classée au patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO et elle attire chaque année des milliers de touristes venus admirer son centre historique baroque dont beaucoup d’édifices blancs, caractéristiques de l’époque coloniale, datant des XVIIIème et XIXème siècles, sont merveilleusement conservés.

Sucre est aujourd’hui une importante ville universitaire, héritage culturel venant probablement du fait qu’elle fut le berceau de la première université du pays et la seconde d’Amérique latine, créée en 1624 sous le nom d’Université San Francisco Xavier, et elle accueille bien sûr de nombreux cabinets d’avocats et de notaires, en raison de sa qualité de siège de la Cour Suprême bolivienne.

Après 6 jours passés dans la chaotique La Paz, Sucre, qui jouit d’un climat bien moins hostile que celui de sa consœur, est définitivement une invitation à la détente et à la relaxation. Ainsi, le premier jour, après avoir déjeuner au marché central et avoir gloutonnement avalé une couple de glace et de fruits frais taille « américaine », nous déambulons dans le centre historique en commençant par la « Plaza 25 de Mayo », dont le nom correspond à la date du premier « cri » de libération du peuple face à la tutelle de la couronne d’Espagne. Le 25 mai 1809, les étudiants de Chuquisaca suivis par le peuple, se rebellèrent contre l’autorité napoléonienne, le tout puissant empereur français occupant à ce moment le trône d’Espagne. Le 6 août 1825, après 15 années de lutte sanglante, la déclaration d’indépendance de la Bolivie était prononcée et la constitution de la nouvelle République, souveraine et indépendante, signée dans l’une des salles de l’Université San Francisco Xavier de Chuquisaca. Autour de la « Plaza 25 de Mayo », se trouvent plusieurs édifices de grande valeur historique pour la Bolivie. On y trouve le Palais du gouvernement autonome du département de Chuquisaca (l’équivalent d’une préfecture en France) qui fut le Palais du Gouvernement National de Bolivie en son temps, la « Casa de la Libertad », le lieu de signature de l’Acte d’Indépendance de la Bolivie, ainsi que la cathédrale qui présente une belle façade baroque. Malheureusement, nous devrons nous contenter d’admirer ces bâtiments de l’extérieur : c’est en effet dimanche et ils sont tous fermés au public.

En fin d’après-midi, « The place to Be » s’appelle « Parque Bolivar », c’est un parc municipal rectangulaire de bonne taille qui semble accueillir toutes les familles nombreuses de la ville en même temps et offre de nombreuses distractions pour les gamins : châteaux gonflables, promenade à cheval, ou en « avion tiré par un tracteur » (cf. Flickr), location de vélos et même de quads pour enfants. « On ne se refuse rien à Sucre ! »

Le lendemain, après avoir pris le petit-déjeuner au son de la manifestation des retraités venus de tout le pays protester contre une récente décision politique doublant, pour certaines catégories socio-professionnelles seulement, l’aide financière gouvernementale octroyée en fin d’année au peuple, nous montons au « Mirador de la Recoleta » qui offre une vue panoramique sur toute la ville, puis nous marchons jusqu’au cimetière général, un havre de paix ombragé par de gigantesques conifères et un lieu fréquenté par de nombreux élèves de la ville qui viennent plusieurs fois par semaines pour étudier dans le calme. On y vérifie malheureusement le haut taux de mortalité infantile en Bolivie par les très nombreuses vitrines de tombes chargées de jouets en tout genre : poupées, voitures modèles réduits, maquettes etc. Le cimetière détient aussi les caveaux de quelques-unes des familles les plus fortunées du pays comme celles des présidents successifs de la République.

Dans l’après-midi, nous retournons déjeuner au marché central qui offre les repas les plus économiques de la ville et profitons de notre passage pour nous approvisionner en fruits frais auprès du stand de fruits et légumes le plus complet et varié que la vie m’ait permis de voir : une merveille (Cf. Flickr). Et pour ne rien gâcher, la vendeuse qui le tient, avec qui nous restons discuter une bonne vingtaine de minutes, est tellement adorable et passionnée qu’il est tout simplement impossible de passer devant son stand sans repartir avec quelques provisions.

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