Puno et Les Uros

Notre dernière étape péruvienne, avant de continuer en direction de la Bolivie, se situe sur les bords du lac Titicaca, un endroit où plusieurs mondes se heurtent : l’altiplano désolé rencontre les sommets mythiques et les vallées fertiles des Andes, des îles verdoyantes et ensoleillées contrastent avec de petites exploitations fermières en butte aux rudesses du climat et des villages au mode de vie séculaire côtoient les excès de la marchandisation internationale.

Affairée et joyeusement oppressante, Puno, 120 000 habitants, située à 3830 m d’altitude, constitue pour beaucoup, une étape pratique entre Cuzco ou Arequipa et La Paz, ainsi qu’un point de départ pour bon nombre d’excursions sur le lac Titicaca. Coincés dans les rues étroites et congestionnées, voitures, camions, bus, mototaxis et « triciclos » progressent dans Puno par à-coups tandis que les piétons se serrent sur des trottoirs microscopiques. Puno est décrite dans le Lonely Planet comme une cité moderne, carrefour des échanges entre le Pérou et la Bolivie, résolument tournée vers le commerce et l’avenir. Admettons qu’elle soit un carrefour important de commerce, il me semble en revanche un peu optimiste de la décrire comme une « cité moderne, résolument tournée vers l’avenir ». Elle est réputée capitale du folklore du Pérou, ses processions de la Virgen de la Candelaria, étant retransmises à la télévision nationale, mais nous n’aurons malheureusement pas la chance de vivre ce moment de fête, notre passage ne coïncidant pas avec le calendrier des fêtes religieuses.

Nous visitons donc Puno dans la matinée du 21/11/2013, en commençant, bien sûr, par la Plaza de Armas et la cathédrale, de style baroque, à la façade travaillée et l’intérieur dépouillé, puis traversons la « Casa del Corregidor », l’une des plus anciennes demeures de Puno, datant du XVIIème siècle, abritant aujourd’hui un centre culturel, une galerie d’art, une librairie et un café-bar attirant expatriés et artistes locaux. Nous décidons ensuite de monter au « Mirador del Condor », qui récompense la grimpée abrupte par un beau panorama de Puno et de l’immense lac Titicaca. En redescendant vers le centre, nous partageons une bouteille d’Inca Cola, le soda péruvien qui appartient à l’américain Coca-Cola, puis nous arrêtons quelques minutes pour discuter avec les « notaires de la rue », qui ont annexés un trottoir du centre de Puno pour assister les illettrés et les moins éduqués dans la réalisation de tâches administratives.

Après un repas pris dans une des « cantines » du centre (ce sont des restaurants proposant un menu à prix fixe, et très économique, presque toujours composé d’une soupe puis d’un second plat souvent à base de poulet et de riz), nous nous dirigeons vers le port de Puno pour emprunter l’un des nombreux bateaux qui rejoignent les extraordinaires îles flottantes « Los Uros », la principale attraction touristique du lac Titicaca. Elles sont fabriquées avec des roseaux légers appelés « totora » qui poussent en abondance dans les bas-fonds du lac, par ajouts successifs en surface de couches de totora à mesure que les couches inférieures pourrissent. Le sol reste ainsi toujours souple et élastique. La vie des Uros est indissociable de ces plantes, en partie comestibles, qui servent aussi à fabriquer leurs maisons, leurs bateaux et une majorité de l’artisanat vendu aux touristes. Le métissage avec des Indiens de langue aymara a entrainé la disparition des Uros de pure souche et de leur langue, ce petit peuple qui entama cette inhabituelle existence il y a des siècles afin de se protéger des agressions des autres tribus indiennes comme les Colla et les Incas.

La popularité croissante des îles a entrai une commercialisation effrénée ainsi que des controverses sur leur authenticité : de nombreux Puneños affirment que les insulaires passent en réalité la nuit sur le continent et non plus sur les îles flottantes, ce qui est à moitié admis par les représentants de la communauté accueillant les touristes de façon quotidienne sur les îles, les insulaires souffrant de plus en plus de rhumatismes aigus à cause de l’humidité permanente.

En fin d’après-midi, de retour sur la terre ferme, un orage d’une rare violence s’abat sur Puno, nous contraignant dans un premier temps à nous abriter sous le porche d’une boutique puis à emprunter un taxi pour rejoindre l’hôtel. Cela ne suffira pourtant pas à empêcher que nous terminions trempés jusqu’aux genoux, en l’espace de quelques secondes, due à la nécessaire traversée du « torrent » qui s’est soudainement créé sur la chaussée. Il m’aura fallu plus d’une heure de sèche-cheveux pour ne même pas complètement réussir à sécher nos affaires !

Une réflexion au sujet de « Puno et Les Uros »

  1. Guy BECKER

    Hello,

    C’est le dernier article en ligne? Plus rien depuis.
    J’espère que tout se passe bien pour vous.

    Peut-être que vous n’avez plus d’accès à l’Internet (le bonheur?).
    Soyez prudents et passez de bonnes fêtes de Noël.

    Guy

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