Descente de la Route de la Mort en VTT

Une des activités sportives prisées des amateurs de sensations fortes à La Paz consiste à descendre à VTT la fameuse « Route de la Mort ».

Cette piste dont le nom original est « Route des Yungas » est tristement célèbre pour sa dangerosité. Si elle fut nommée en 1995 « Route la plus dangereuse du monde » par la Banque Interaméricaine du développement, elle est devenue, en quelques années, une attraction touristique inévitable à La Paz.

Reliant les hauteurs de La Paz (le point de départ est à 4 650 m.) à la minuscule ville de Coroico (arrivée à 1 715 m.) sur une distance d’un peu plus de 60 km, cette route au fort dénivelé a connu pendant de longues années un trafic important malgré une conjonction de difficultés rendant sa traversée périlleuse : visibilité réduite à la fois par la nature même du terrain (courbes prononcées à répétition) et par les conditions climatiques fréquemment mauvaises, un revêtement inexistant et donc une piste en mauvais état sans adhérence, des torrents dont le lit traverse la chaussée à plusieurs endroits, des précipices importants pouvant faire jusqu’à 800 m. de profondeur et pourtant peu ou pas d’infrastructures protectrices. Dans ces conditions, les accidents étaient fréquents et leur issue souvent fatale : pendant plusieurs années consécutives, le nombre de tués oscillait entre 200 et 300 voyageurs par an, soit un véhicule toutes les deux semaines environ. Ce « camino de la muerte » étant à l’époque la seule voie pour rejoindre La Paz depuis la porte de l’Amazonie, les chauffeurs qui s’aventuraient sur cette route pouvaient tout au plus éviter de rouler la nuit et prier pour leur survie.

Ce sont probablement des directives politiques peu concernées par le sujet et des raisons économiques qui ont retardé le projet de création d’un axe secondaire délestant considérablement cette route meurtrière. Et depuis la création de cette voie plus sécurisée et asphaltée, l’ancienne « route de la mort » génère maintenant beaucoup d’argent. L’exploitation touristique transformant la route en une piste pour descendeurs à vélo est indéniablement la source de revenus la plus importante, mais d’autres exemples d’exploitation surfent sur la tragique passé de la « Route des Yungas » : la célèbre marque japonaise Mitsubishi a utilisé récemment le caractère hostile de la route pour la certification de leurs véhicules tous-terrains, et on trouve également sur internet un jeu vidéo américain appelé « Extreme Trucker » dont certains niveaux sont directement inspirés de la « route de la mort » et permettent de prendre virtuellement le volant d’un camion dans des paysages et sur un tracé plus vrais que nature.

Pendant les 2 premiers jours après notre arrivée à La Paz, nous avons fait le tour des nombreuses agences qui proposent cette descente en VTT sur une journée à la recherche du bon compromis sécurité-qualité du matériel-budget avant de choisir une agence nouvellement créée à l’initiative de guides expérimentés, venant d’une précédente structure suite à un désaccord avec la direction. La prestation est pratiquement toujours la même mais l’expérience des encadrants et la qualité du matériel peut varier nettement entre les fournisseurs et cela peut avoir un impact non négligeable sur le déroulement de la journée. Et pour ce genre de choses, parler l’espagnol est bien utile et nous aura permis de faire le bon choix : absolument rien à reprocher à l’agence « No Fear » qui nous fournit à notre arrivée à « la cumbre » (le col faisant office de point de départ) un équipement complet (casque intégral, veste, pantalon, gants, protège-tibias et protège-coude) et récent, comme promis. Le choix de la date (le 25/11/2013) pour faire cette excursion n’avait pas non plus été laissé au hasard : le soleil est au rendez-vous, la température est douce, et le groupe est de taille raisonnable, comme prévu. Impeccable !

Huit jeunes de 20 à 30 ans environ, dont Magda et moi, sont réunis aujourd’hui pour partager cette expérience, plus 2 guides encadrant le groupe. Vers 9h30, chacun a revêtu son équipement et récupéré son VTT et le groupe est attentif aux consignes en anglais de Javier, notre guide. « Let’s vamos ! », c’est Javier qui parle en « spanglish ».

Nous donnons nos premiers coups de pédales sur une large route asphaltée en se suivant en file indienne. Les premiers kilomètres permettent à chacun de se familiariser avec son engin et aux guides de jauger le groupe. Javier roule devant, l’autre guide ferme la marche, tout en filmant et photographiant, juste devant la camionnette qui suivra le convoi toute la descente avec du matériel de rechange et une trousse à pharmacie en cas de chute. Cette première partie n’a rien de technique et ne requiert pas non plus un effort physique important : c’est l’occasion de profiter du paysage sans prendre de risque et rechercher la position la plus aérodynamique possible pour réduire les frottements de l’air. La pente n’est pas encore trop soutenue et le plus grand plateau de chaque vélo a été limé pour plusieurs raisons : cela évite les déraillements intempestifs de la chaine, limite la vitesse atteignable de chaque participant et réduit donc un peu le risque de chute et leur potentielle gravité. Pas de doute, ils connaissent leur sujet chez « No Fear » !

Après une heure de descente, ponctuée de courtes pauses, nous nous arrêtons un bon quart d’heure pour nous hydrater et échanger nos sensations. Magda, reconnaissable à son casque blanc (c’est la seule) a bien apprécié cette première partie de la route, douce pour les bras et grisante par la vitesse sans pour autant être vraiment dangereuse.

Nous montons ensuite temporairement à bord du van, les vélos chargés sur le toit, pour rejoindre la deuxième partie de la descente. C’est maintenant que les choses se corsent. A partir de là, la route asphaltée laisse place à une étroite piste caillouteuse dont la largeur ne permet pas à deux véhicules de se croiser convenablement et nous allons dorénavant devoir rouler à gauche, c’est-à-dire à l’extérieur, au bord du vide. Pour faciliter la montée des véhicules, la « Route des Yungas » est en effet la seule en Bolivie à imposer un sens de circulation « à l’anglaise ». C’est dans ce deuxième tronçon que les sensations deviennent plus fortes et que la fourche suspendue de nos VTT devient utile. Tout en restant maitre de ma vitesse, je suis Javier de seulement quelques mètres et recherche à chaque virage la trajectoire idéale pour ne pas me laisser distancer. Nous traversons à plusieurs reprises des torrents dont le tracé vient interrompre la piste et nos guides immortalisent ces moments pour nous. Ils sont les seuls à prendre des photos et fournissent sans surcoût à chaque participant un DVD avec les photos et vidéos de la journée. Des accidents ont en effet eu lieu dans le passé, par manque de vigilance de participants, trop occupés à photographier le paysage au lieu de rester concentrés sur la route.

Les pauses que nous effectuons se situent toujours à des endroits particulièrement accidentogènes, en attestent les nombreuses croix et pierres gravées sur le bord de la chaussée en hommage à ceux qui ont perdu la vie sur cette dangereuse route. Certaines courbes portent également des noms qui ne laissent aucun doute sur le caractère meurtrier du lieu en question : la « courbe du diable » est par exemple le surnom d’un notoire virage dans lequel nombre de conducteurs auraient eu des hallucinations, décrivant une route droite au lieu de la courbe en épingle à cheveux.

En près de 4h de descente, nous sommes descendus de 3000 m et une bonne bière fraiche est la bienvenue après la toute dernière partie du trajet qui permet finalement de transpirer un peu en pédalant à plat pendant une demi-heure. En milieu d’après-midi, après un repas dans un hôtel-restaurant de Coroico, un rapide « plouf » dans la piscine de l’hôtel et une douche bien méritée, tout cela étant inclus dans le prix de l’excursion, nous prenons la direction de La Paz pour y revenir en fin de journée après plus de 3 heures de route.

Au final, nous avons passé une excellente journée, la prestation de « No Fear » est irréprochable, les guides sont sérieux et expérimentés à tel point qu’on en oublierait presque à certains moments le tragique passé de la « Route de la Mort ».

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