Cali

La taille de la Colombie et la piètre qualité des infrastructures routières rendent les voyages en bus très longs et plusieurs compagnies aériennes Low Cost ont pu se développer en Colombie dans ce contexte, offrant des tarifs très abordables. Au vu du temps que nous avons prévu de passer en Colombie (15 jours), nous avons donc opté pour des vols intérieurs, qui sont, certes un peu plus onéreux, mais permettent de gagner de précieuses heures si votre temps est compté. Et nous avons aussi choisi de faire l’impasse sur Medellín, qui semble pourtant être une ville charmante, afin de ne pas multiplier les étapes et transformer notre séjour en une course contre la montre. C’est ainsi que nous atterrissons à Cali, le 22/10/2013 en fin d’après-midi, après seulement 1h30 de vol depuis Carthagène.

Cali, officiellement Santiago de Cali, capitale du département de Valle del Cauca, est située dans l’ouest de la Colombie. Avec ses 2,5 Millions d’habitants, elle est la troisième ville de Colombie en termes de population. Fondée en juillet 1536 par le conquistador espagnol Sebastián de Belalcázar, Cali se distingue aujourd’hui par une forte culture ludique et hédoniste, partagée par beaucoup de Caleños. Considérée comme la capitale de la « rumba », la fête dans la rue, et la salsa, elle offre abondance de lieux de divertissements diurnes et nocturnes, les humbles pistes de danse du quartier Juanchito voyant affluer presque tous les soirs les Caleños et Caleñas, venus exhiber quelques pas de danse avec une maitrise, un naturel et une sensualité à faire pâlir de jalousie le reste de la planète, ainsi que les touristes, qui restent volontiers assis pour regarder les locaux danser. Cali accueille d’ailleurs régulièrement des événements liés aux championnats du monde de salsa.

Dès notre arrivée, nous rejoignons en taxi le quartier de San Antonio, niché à flanc de colline dans l’Ouest de la ville, la partie la plus intéressante à visiter et la plus recommandée pour venir faire du tourisme. Je ne m’étendrais pas sur le sujet car je ne tiens en aucun cas à véhiculer des préjugés qui me semblent sinon infondés, passablement exagérés, sur la dangerosité de Cali. Il est vrai que la Colombie a traversé des heures sombres entre les années 80 et le début du 21ème siècle, mais les choses ont fondamentalement changé depuis une dizaine d’années et nous n’avons pas une seule fois ressenti de l’insécurité depuis que nous sommes arrivés (à l’heure où j’écris, nous avons déjà passés 14 jours en Colombie et nous quittons le pays dans moins de 24h). Mon avis est qu’il faut avant tout, comme dans beaucoup d’autres endroits, faire preuve de bon sens, et peut-être un peu plus qu’ailleurs, suivre les recommandations des locaux sur les quartiers et les heures de nuit à éviter. Mais la Colombie mérite bien mieux que des stéréotypes du passé, il y a tellement plus de choses à raconter.

Nous passons la donc la première nuit au Café Tostaky, contraction de « Todo Esta Aqui », un économique hôtel détenu par un français depuis 2008, situé sur les hauteurs de San Antonio, à proximité du parc du même nom, offrant une belle vue sur la ville. Nous dînons le soir dans un restaurant du quartier, un établissement tout juste ouvert, fruit d’une collaboration internationale entre le même français que le propriétaire de l’hôtel, d’un belge et d’une japonaise, tous les trois tombés amoureux de la Colombie. C’est le début de la semaine et le co-fondateur belge, de notre âge prend largement le temps de discuter avec nous en attendant que nos plats soient prêts. Un moment très sympathique !

Le lendemain matin, nous partons à la découverte du quartier et visitons en une petite heure le Musée d’Art Contemporain La Tertulia, qui me laisse de marbre, comme souvent lorsqu’il s’agit d’Art Contemporain. Dans l’après-midi, nous rejoignons l’appartement de Jorge, un Couchsurfer, qui a accepté de nous recevoir pour quelques jours. Jorge a 34 ans, il est médecin de formation, il fait de la recherche et travaille pour une Université privée de Cali. Il nous a paru très volontaire pour échanger, partager avec des citoyens du monde comme nous et les commentaires laissés par les précédents voyageurs ayant séjournés chez lui en attestent. L’expérience chez lui est globalement bonne même si Jorge nous accueille dans un moment de forte activité professionnelle qui l’occupe le plus clair de son temps. Néanmoins, il nous reçoit avec grande générosité et dans un condominium tout neuf, offrant jacuzzi, bain turc et vue panoramique sur Cali depuis le toit terrasse de l’immeuble dont nous profitons allègrement.

Au travers de Jorge, nous faisons aussi la connaissance de Moisés, un de ses amis avec qui nous passons une soirée à échanger sur la situation politico-économique de la Colombie et le notoire sujet du narcotrafic. Bien que le pays connaisse une situation politique stable depuis plusieurs dizaines d’années, son talon d’Achille concerne la production, le trafic et l’exportation de drogues illicites. Malgré les opérations de l’armée colombienne contre le narcotrafic, en particulier avec l’aide des États-Unis dans le cadre du Plan Colombie, démarré sous la Présidence de Andrés Pastrana Arango, la Colombie a été le premier pays producteur de cocaïne au monde entre les années 1980 et 2000, les cartels principaux venant de Medellín (dirigé par Pablo Escobar, le plus célèbre des trafiquants de drogue, finalement tué par une opération militaire colombienne le 2 décembre 1993) et de Cali, la Colombie dominant environ 70 % du marché mondial au début des années 2000.

L’idée initiale de Pastrana était d’engager un plan de développement social et économique qui sortirait la Colombie de la violence et du narcotrafic par des négociations de paix avec les guérillas, et la mise en place d’un programme de développement social suffisamment structuré qui devait permettre d’offrir aux paysans une alternative concrète à la culture de la coca, via d’importants investissements dans la production, l’infrastructure et le développement social. L’administration Clinton et Pastrana décidèrent en 1999 de mettre en œuvre conjointement un « plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’État », nommé Plan Colombie, prévu pour durer six ans avec quatre objectifs principaux : la lutte contre la production de drogues et le crime organisé, l’aide aux paysans et l’encouragement aux cultures de substitution, le renforcement des institutions et enfin le désarmement et la réinsertion des acteurs armés. Les stratégies proposées pour atteindre ces objectifs se fondaient essentiellement sur une augmentation de la capacité militaire de lutte contre le narcotrafic et sur la fumigation par agents biologiques des champs de coca, afin de réduire l’étendue de ces cultures. Le plan prévoyait également le financement d’actions sociales (programmes d’éducation, mise sur pied d’infrastructures), mais 70 % des fonds auraient finalement été alloués aux dépenses militaires. Le financement devait être assuré par les gouvernements des États-Unis et de la Colombie ainsi que d’autres partenaires, en particulier l’Union européenne, qui s’est retrouvée prise entre d’un côté, les États-Unis, le gouvernement Pastrana, certains pays européens qui soutenaient individuellement le Plan (notamment l’Espagne et les Pays-Bas) et d’un autre côté, sa propre réticence à contribuer à un plan comprenant un important volet militaire L’UE a donc finalement refusé de financer le volet social du « Plan Colombie » qui s’est avéré être un cuisant échec, la production de cocaïne ayant nettement augmenté durant les premières années du plan. Sa trop grande militarisation n’a fait que déplacer les conflits et les trafiquants d’une région vers une autre ou les repousser hors des frontières du pays, et l’intensification de la destruction des cultures de coca par épandage d’herbicide toxique a terriblement affecté l’agriculture légale, contraignant de nombreuses familles au déplacement, parce que leurs champs ont été anéantis.

Sous la Présidence d’Álvaro Uribe, ayant bridé 2 mandats entre 2002 et 2010, d’autres mesures semblent avoir eu des effets plus positifs avec notamment une baisse de la superficie cultivée de la feuille de coca de 60% en dix ans, et même si le sujet est loin d’être enrayé, c’est, depuis 2010, le Pérou qui occupe la place de premier producteur mondial, juste devant la Colombie.

Ce triste sujet, encore trop souvent médiatisé à outrance est heureusement complètement invisible pour les touristes que nous sommes et nous profitons pleinement de Cali, 3 jours durant, entre pauses « café » autour du « Parque del Perro », un endroit prisé par les universitaires pour venir boire en terrasse, ballades dans le quartier de Granada, et sortie au Tin Tin Deo, une institution de la salsa caleña depuis 25 ans, reconnue comme l’un des meilleurs bars dansant de toute la ville : danseurs et danseuses d’excellent niveau, spectacle garanti du jeudi au samedi, toutes les semaines.

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