Ayacucho

Plutôt que de continuer vers le sud en direction de Nazca et de ses fameuses lignes, et afin d’éviter une nouvelle déconvenue après l’épisode de Huacachina, nous décidons de pénétrer tout de suite vers l’intérieur du Pérou en montant en altitude, dans les Andes. Nous rompons donc avec le « Chemin des Gringos », un itinéraire classique, peut-être le plus emprunté par les voyageurs au Pérou, consistant en une grande boucle au départ de Lima, qui longe ensuite le Pacifique jusqu’à Arequipa, puis s’approche de la frontière avec la Bolivie en la ville de Puno, et enfin remonte vers Cusco et la Vallée Sacrée avant de finalement s’achever à nouveau à Lima. Il y a de grandes chances que notre itinéraire passe finalement par une bonne part des étapes de ce circuit, mais nous les ferons dans un ordre différent, et pour l’heure, nous prenons la route, par un bus de nuit, d’Ayacucho, une ville de 150 000 habitants, située à presque 2800 m. d’altitude, capitale de la province de Huamanga et de la région d’Ayacucho.

Le nom de cette fascinante ville coloniale, dérivé des mots quechua aya (mort ou âme) et cuchu (arrière-pays), offre un aperçu révélateur sur son passé. Capitale isolée d’une province traditionnellement pauvre, Ayacucho constitua un terreau idéal pour l’implantation du Sendero Luminoso (Sentier Lumineux), un mouvement révolutionnaire maoïste à l’initiative du professeur Abimael Guzmán, visant à renverser le gouvernement et qui provoqua des milliers de morts dans la région dans les années 1980 et 1990. Par ailleurs, des liens distendus entre la ville et le monde extérieur ont contribué à fortifier un esprit farouchement indépendant, remarquable dans de nombreux aspects de la vie quotidienne.

Cinq siècles avant l’avènement de l’Empire inca, les Huari dominaient les hauts plateaux péruviens et avaient établis leur capitale tout près d’Ayacucho. D’abord appelée San Juan de la Frontera de Huamanga, la cité se développa rapidement après sa fondation en 1540, alors que les Espagnols s’employaient à la défendre des attaques d’un des célèbres chefs incas : Manca Inca. Presque 3 siècles plus tard, Ayacucho joua un rôle crucial dans la lutte pour l’indépendance du Pérou : un immense monument à proximité de la ville marque le site de la bataille d’Ayacucho (1824), au cours de laquelle 5800 patriotes défirent plus de 8000 Espagnols et mirent fin à la domination coloniale.

La première route entre Ayacucho et le littoral péruvien ne fut achevée qu’en 1924 et seuls 2 bus et quelques dizaines de véhicules circulaient dans la ville jusqu’en 1960. Depuis l’arrestation de Guzmán en 1992, Ayacucho est redevenue une ville sûre et la construction d’une route asphaltée jusqu’à Lima en 1999 lui a permis de se tourner vers le XXIème siècle.

Si l’ombre du passé tragique s’est depuis longtemps dissipée, les touristes commencent seulement à redécouvrir les trésors d’Ayacucho : des églises richement décorées et des bâtiments coloniaux aux couleurs pastel.

Arrivés très tôt le matin du 03/11/2013 après, nous commençons seulement notre visite en début d’après-midi, après avoir reconstitué durant la matinée notre capital sommeil, « salement » entamé par une inconfortable nuit en bus. Toutes les villes du Pérou semblent avoir une place centrale presque systématiquement appelée « Plaza de Armas » qui est généralement un excellent point de départ pour découvrir le centre historique. Ayacucho ne fait pas exception à la règle et nous offre donc quelques clichés ensoleillés de sa Place des Armes et de sa Cathédrale, de style baroque espagnol avec des influences andines. Ayacucho se targue de posséder 33 églises (autant que d’années de la vie du Christ) : autant dire que nos visites à Ayacucho eurent vers la fin, un « arrière-goût » de « déjà-vu ». Pour varier un peu les plaisirs, nous intercalons entre 2 églises, un café Latte dans une pâtisserie, puis un passage au marché central, dans lequel je me retrouve encerclé à un stand de pain artisanal par une quinzaine de péruviens qui se ruent littéralement sur la vendeuse pour acheter par dizaine, les petits pains frais du dimanche, extraordinairement « bon marché ». Pour l’anecdote, en faisant la queue comme tout le monde, j’ai entendu à plusieurs reprises autour de moi « Prioridad al blanco », signifiant que certains locaux semblaient vouloir que je sois servi en priorité, pour ma couleur de peau. C’est une situation que nous avons déjà vécu une fois il y a quelques mois en Inde, où l’on nous avait « contraint » à doubler tous les locaux dans une queue à l‘entrée d’un temple, ce qui nous avait franchement mis mal à l’aise. Donc cette fois, pas question ! Ça me demandera au moins 20 minutes de patience – j’apprends beaucoup, par ce voyage 😉 – mais j’aurai finalement moi aussi l’opportunité d’emporter 5 petits pains frais du marché, qui furent effectivement délicieux.


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