Hué

Après 2 jours passés dans la baie d’Ha Long et une journée de transition pour le trajet retour de Ha Long à Hanoï, c’est une longue et agitée nuit de bus qui nous attend pour nous déplacer vers le Sud jusqu’à la ville d’Hué.

Le 17/07/2013, fin d’après-midi, l’agence qui nous a vendu les billets « Open Bus » commence par nous faire patienter une bonne heure avant qu’on vienne nous chercher pour rejoindre le terminal de bus. En conséquence, nous sommes donc les derniers à monter dans le bus et sommes donc contraints de choisir des places en hâte (ça paraît anodin, mais le choix des places est crucial dans ces « sleeping bus » puisqu’on y passe quand même parfois plus de 15h). Le chauffeur du bus s’approche et nous invite sans amabilité aucune à aller nous installer tout au fond, à côté des toilettes puisque les places que nous avons choisies sont soi-disant réservées aux « VIP », ayant payé un supplément. Sachant pertinemment que c’est un stratagème du chauffeur pour attribuer les meilleures places aux vietnamiens pourtant arrivés juste après nous, je refuse aimablement en demandant à voir à quoi ressemblent ces fameux billets VIP, s’ils existent. Parce le chauffeur voit bien que nous ne sommes pas décidés à bouger, il fait appel aux 2 autres chauffeurs pour employer la manière forte et je me fais bousculer méchamment: j’ai beau vouloir rester, je ne fais pas le poids et un autre passager du bus vient jusqu’à moi en me suggérant de ne pas m’opposer plus longtemps car je n’aurai de toute façon pas le dernier mot avec « eux » (il connait la musique apparemment). Je suis comme un fou, mais Magda et moi nous exécutons et regagnons les places du fond. Moi, je rumine et jure intérieurement de « me venger », plus tard.

Inutile de préciser que nous passons donc une nuit de m****.

Le lendemain matin, à notre arrivée, nous trouvons rapidement notre hôtel (le personnel est charmant, cette fois), prenons un rapide petit déjeuner et décidons de louer une moto, le moyen de locomotion le plus pratique et le moins cher pour se déplacer localement.

Nous partons visiter la Cité Impériale d’Hué, une citadelle datant du début du XIXème siècle, sous la dynastie chinoise N’guyen, qui a régné et dirigé le pays jusqu’en 1945. De nombreux monuments à l’intérieur de la citadelle ont été détruits pendant la Guerre du Vietnam mais il reste quelques vestiges intéressants comme le Thai Hoa Palace, le To Mieu Temple et la « Forbidden Purple City », une citadelle dans la citadelle, réservée à l’usage de l’empereur pour s’adonner aux plaisirs de la vie.

A l’heure du déjeuner, je n’ai toujours pas digéré l’épisode d’hier soir et je pense toujours à notre prochain voyage en bus. Je propose à Magda de m’accompagner à l’agence de voyage d’Hué responsable de l’organisation de notre prochain trajet, car j’ai l’intention de leur faire écrire sur nos billets que nous sommes en droit de choisir nous-même nos places dans le bus. On nous accueille presque plus mal encore que la veille: le jeune homme du guichet en arrive à me dire qu’il veut bien écrire ce que je lui demande en échange de mes lunettes de soleil (même pas en rêve…). Il finit tout de même par écrire quelque chose en vietnamien sur nos billets mais nous obtenons la traduction une heure plus tard auprès d’un serveur aimable d’un restaurant voisin. Résultat: « Veuillez asseoir ces touristes au fond du bus, à côté des toilettes ! »

OK, là, ç’en est trop, je vais vraiment me le faire !

On repart donc illico presto en direction de l’agence avec la ferme intention de leur expliquer qu’il serait bon d’arrêter de prendre les touristes pour des abrutis.

Devant l’agence, Magda me demande de rester dehors, sur la moto, pendant qu’elle se charge d’expliquer ce que nous pensons à l’agent d’accueil : venant d’une femme, elle pense que les choses ont moins de chances de dégénérer.

Je vois tout ce qui se passe de l’extérieur, je me retiens de rentrer mai je boue de l’intérieur. Ça dure au moins 10 minutes pendant lesquelles j’ai vraiment la sensation qu’ils continuent de la prendre pour une c****.

Du coup, quand elle me fait signe de la rejoindre, je crois, à tort, qu’elle me demande de m’en mêler. En réalité, elle a juste besoin de mon billet car il semblerait que l’une des adjointes soit finalement prête à écrire vraiment ce que nous souhaitons sur nos billets. Bah c’est trop tard, il fallait le faire en première intention. Je rentre dans l’agence au pas de course et je m’empare sans réfléchir d’une grande statue religieuse en porcelaine trônant fièrement sur un promontoire en menaçant de la rompre au sol si personne ne nous rend nos billets avec la mention demandée de façon immédiate.

Silence de mort dans l’agence, plus personne ne bouge, ni les agents derrière le guichet, ni les clients qui attendaient patiemment leur tour. Je ne sais pas quelle divinité je tiens au-dessus de ma tête en menaçant de la laisser tomber au sol mais j’ai la sensation qu’on nous prend soudainement beaucoup plus au sérieux !

Finalement, une seule agente daigne bouger face à mes menaces et c’est pour attraper le téléphone. J’ai toujours la statue dans les mains mais j’indique à Magda que nous avons 30 secondes maxi. pour récupérer nos billets et déguerpir en vitesse avant que la police ne s’en mêle. 30 secondes plus tard, j’arrache donc des mains de l’agente ce que je crois être le billet de Magda (en réalité je viens de m’emparer d’un 3ème billet Open Bus vierge, tant pis pour eux, fallait pas me chercher),  je repose calmement la statue sur son promontoire et je tape quand même 2 bons coups dans le guichet, pour la forme, ou parce que j’en ai besoin en fait, et on dégage. Ça faisait longtemps qu’on ne m’avait pas gonflé à ce point !

Nous nous écartons rapidement du centre-ville en moto, ce qui nous permet de découvrir cet après-midi des paysages intérieur du centre du Vietnam et de nous aventurer un peu hors des circuits classiques proposés aux touristes.

Et cela fait du bien car nous avons l’impression qu’il n’est pas si facile de se la jouer « autonome » au Vietnam.

Dans un autre registre que le tourisme, il est impossible, par exemple, pour un étranger, d’ouvrir un business sans avoir un proche vietnamien et le propriétaire du local commercial utilisé sera dans tous les cas un vietnamien qui vous le louera. Etonnant pays que le Vietnam, tiraillé entre une politique éminemment communiste et de très nombreux habitants semblant ne suivre aveuglément qu’une seule direction: celle du développement économique : ils sont extrêmement nombreux à posséder un local commercial dont ils cherchent bien sûr à tirer le plus de profit.

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