Varanasi

Arrivée à Varanasi le 23/06/2013 au petit matin, après une nuit difficile comme prévu, dans un train lent, sale, peu accueillant et en retard de presque 4 heures. Plus qu’une petite demi-heure de transport en Tuk-Tuk dans une circulation infernale à respirer de la poussière, des gaz d’échappements et nous serons enfin au cœur de cette ville de pèlerinage et lieu sacré de la religion hindoue. Nous descendons du Tuk-Tuk et demandons la direction de la Guest House que nous visons pour les 3 prochaines nuits, recommandée comme un « TOP Choice » par le « Lonely Planet », la « bible » du Backpacker. Après quelques minutes de marche dans les rues étroites sinueuses du cœur de Varanasi, nous arrivons enfin à « Ganpati Guest House », qui se situe sur le bord du Gange et paraît immédiatement être un excellent choix : patio intérieur couvert sous tonnelle, fontaine au centre, d’autres touristes attablés pour le petit-déj autour d’un chaï (un thé au lait qui se boit brulant, finalement assez agréable, malgré la chaleur, qui l’eut cru ?). Bonne nouvelle, ils ont une chambre disponible ! Tant mieux, pas du tout envie de commencer à chercher ailleurs. Après un rapide check-in, c’est notre tour de petit-déjeuner puis repos indispensable pour profiter de Varanasi en fin d’après-midi, à l’heure « de pointe ».

Vers 17h, maintenant que la température, toujours insupportable, tend tout de même à perdre quelques degrés, nous partons en ballade en suivant le fleuve bordé sur sa rive Ouest de « Ghats » successifs sur plusieurs kilomètres : les Ghats sont des « portes » débouchant de la ville sur le fleuve sous forme de larges marches d’escaliers, la ville de Varanasi étant un peu en hauteur au-dessus du Gange. Scènes éclectiques au bord du Gange – un vrai lieu de vie -, on croise des locaux qui se baignent, d’autres qui viennent se laver, se purifier de leurs pêché, d’autres encore qui viennent nettoyer des affaires ou des outils. On croise aussi des bandes de jeunes qui jouent au Cricket (évidemment un héritage « British » resté fortement suivi et pratiqué après l’Indépendance en 1947, l’Inde est d’ailleurs une des meilleurs équipes du monde), et des animaux : des chèvres et des vaches. Un peu plus loin, c’est un troupeau entier de vaches qui se baigne, sous la tutelle du fermier qui les empêche de sortir de l’eau à coup de bâtons tant que les « ruminantes » ne sont pas restées le temps suffisant dans l’eau. Dans ce contexte, rien de ce qui est plongé dans le Gange, ne peut, à mon sens, en sortir plus « propre », au sens littéral du terme, que quand on l’y a plongé ! Mais les hindous vénèrent le Gange pour sa mystique capacité à nettoyer, purifier, au sens philosophique du terme ! Et finalement, quel est le plus important ? Je n’ai pas la réponse mais une chose dont je suis sûr, c’est que ma foi en la religion hindoue n’est pas encore suffisamment forte pour que je me décide à plonger « en eau trouble ».

Au milieu de notre promenade, nous arrivons sur un des 2 Ghats dédiés aux crémations. C’est véritablement « LE » rituel qui a fait la renommée de Varanasi. En arrivant à cet endroit, j’ai un avis sans doute « trop tranché » sur le sujet : je n’ai absolument rien contre le rituel de crémation mais je ne suis pas complètement à l’aise avec le concept de le rendre visible et public. J’ai la sensation qu’il y a là une sorte de voyeurisme des étrangers non pratiquants de la religion hindoue et aussi une certaine légèreté dans les attitudes, dans les tenues vestimentaires y compris des hindous qui entourent le rituel. Magda est plus curieuse que moi et le prisme par lequel elle observe semble moins obtus : je ne suis pas surpris car nous en avons déjà parlé avant. Elle y trouve une beauté philosophique, un optimisme dans le concept de vie après la mort qui, dans mon esprit, a du mal à prendre l’ascendant sur le reste. Pendant le rituel, un homme s’approche de nous et nous propose de partager avec nous sa connaissance du rituel et de sa signification. Nous acceptons, c’est probablement l’unique façon de permettre « peut-être » à mon esprit occidental de percevoir, même sans comprendre complètement, le sens et l’importance que l’acte revêt pour les hindous.

On apprend donc entre autres, que seuls les indiens appartenant à une caste particulière peuvent exercer l’activité qui se transmet donc de générations en générations au sein d’un nombre réduit de familles, que ce sont, chaque jour, plus de 70 corps, qui sont descendus sur les rives du Gange par les ruelles du centre-ville pour permettre aux âmes des défunts de gagner les cieux par le rituel de crémation, les éléments du corps restant, après la crémation, terminant, quant à eux, dans le Gange bien sûr. On apprend aussi que le calcul de la quantité de bois exactement nécessaire pour brûler un corps est un art, que certaines catégories d’individus, considérées par les hindous, comme déjà purs, n’ont pas besoin d’être réduits en cendres : les enfants de moins de 10 ans, les femmes enceintes, les lépreux, les « boutonneux », si nous avons bien compris, et les personnes décédées suite à la morsure d’un serpent (ceci venant du fait que la divinité Shiva, très vénérée par les hindous est représentée avec le cou en peau de serpent). On apprend enfin que les femmes hindoues ne sont plus autorisées à assister aux crémations pour 2 raisons : d’une part, parce que leurs larmes rendent tristes les âmes des défunts, les empêchant de rejoindre le paradis, d’autre part parce que, dans le passé, de nombreuses femmes qui assistaient à la crémation de leur défunt mari, se jetaient dans les flammes pendant le rituel pour mourir avec leur bien-aimé et cela est dramatique, bien sûr, mais aussi un geste impardonnable dans la religion hindoue qui condamne fortement le suicide : ce sont les divinités vénérées qui décident du moment où le corps d’un être vivant doit « rendre son âme ».

Nous décidons de rebrousser chemin après cet échange philosophique pour pouvoir admirer une des processions religieuses qui ont lieu tous les soirs, assez près de notre Guest House entre 19h et 20h. Appelées « Ganga Aarti », ces processions qui se déroulent au bord de l’eau, rassemblent tous les jours plusieurs centaines voire milliers de fidèles et de touristes, et consistent en une série de chants, danses, offrandes (fleurs, encens) au Gange, les acteurs de la cérémonie étant de pieux hindous vêtus traditionnellement dans les tons jaune-orangé et doré. Je suis assez convaincu de ne pas avoir saisi complètement le sens de ces processions mais l’ambiance y est relaxante et je suis surpris par la transcendance qui semble marquer certains visages.

L’atmosphère de Varanasi est définitivement une expérience à vivre en Inde, peut-être sans trop chercher à la comprendre pour nous touristes occidentaux, mais plus simplement en acceptant de se laisser bercer et en écoutant ceux qui la connaissent et la vivent quotidiennement.

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